Tarif du pipeline, participation dans la WAPCO, nigérisation des postes : chacune des « victoires historiques » que Niamey revendique aujourd’hui dans ses accords pétroliers avec la Chine porte, en creux, la marque d’un processus déjà engagé avant le coup d’État. Ce que la junte présente comme une conquête est, pour l’essentiel, un héritage qu’elle a d’abord interrompu.
Regardons les choses en face. Les accords pétroliers que les autorités de transition nigériennes présentent depuis quelques jours comme des conquêtes historiques face à Pékin méritent qu’on s’y arrête sérieusement. Pas pour les contester en bloc, non, mais parce que lorsqu’on prend la peine de remonter le fil des négociations engagées avant juillet 2023, une autre image se forme : celle d’un agenda interrompu par le coup d’État, repris trois ans plus tard, et revendu comme si rien n’avait existé avant.
Commençons par le tarif de transport du pipeline. La baisse de 27 à 15 dollars par baril est présentée comme une victoire arrachée par la junte. On sait que ce n’est pas tout à fait cela. Cette fourchette, entre 15 et 17 dollars, avait déjà été atteinte dans les discussions conduites avant le 26 juillet 2023. Une signature définitive était attendue avant octobre de la même année. Le renversement du président Bazoum a interrompu le processus au dernier moment. Reprendre trois ans plus tard ce qui avait déjà été négocié et le présenter comme une performance propre au CNSP est politiquement malhonnête ; cela n’est guère étonnant pour des gens de cet acabit.
Même chose sur la participation de l’État nigérien dans la West Africa Pipeline Company. L’accès progressif jusqu’à 45 % du capital n’est en rien une invention de 2026. Cette possibilité était inscrite dans la structure même du projet depuis le départ. On avait retenu une entrée graduelle, avec une participation initiale fixée à 15 %, dont une part significative avait déjà commencé à être financée selon un calendrier établi avant la mise en production. Aujourd’hui on nous présente cela comme le résultat d’une négociation alors que cela relève d’un mécanisme contractuel existant.
Sur la nigérisation des postes, les annonces actuelles posent les mêmes questions, peut-être de manière encore plus gênante. À la SORAZ, la raffinerie de Zinder, un programme adopté en 2022 avançait à son rythme : le taux de nationalisation des postes atteignait déjà 72 % en 2023, sans difficulté particulière, avec un objectif de prise en charge complète à terme.
Si ces chiffres réapparaissent aujourd’hui dans les communiqués officiels, c’est qu’ils n’ont pas encore été dépassés. Un programme lancé en 2022, qui atteignait déjà 72 % en 2023, aurait dû franchir ses propres plafonds bien avant 2026. Ce qu’on veut nous présenter aujourd’hui comme une avancée est en réalité la mesure exacte du retard accumulé depuis le coup d’État.
Reste la production pétrolière. La hausse annoncée des volumes repose sur une certaine réalité assez ambiguë : les champs en exploitation se déplètent avec le temps. Maintenir les niveaux, et a fortiori les augmenter, suppose l’ouverture de nouveaux blocs et une continuité sans rupture des travaux. Toute interruption, tout gel, toute période d’incertitude produit des effets durables sur la trajectoire. Les annonces actuelles éludent toutes ces questions, parce que le dire revient à démontrer combien cette « refondation » elle-même a coûté à cet effort.
Le problème est loin d’être l’existence de ces mesures. Certaines sont réelles, d’autres s’inscrivent dans une continuité légitime. Le problème est la manière dont elles sont vendues, la propagande déployée pour manipuler l’opinion. On ne peut pas prendre des acquis déjà négociés, des mécanismes contractuels existants ou des objectifs en retard sur leur calendrier, les envelopper dans un discours de souveraineté retrouvée, et espérer que personne ne posera de questions.
La souveraineté sur les ressources naturelles est un enjeu sérieux. Elle mérite, pour cette raison même, des arguments vrais.
Hamid Amadou N’gadé


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