Le 4 juillet, une offensive conjointe du JNIM et du FLA a frappé simultanément huit localités du Mali. À Anéfis, un convoi de renfort des FAMa et de l’Africa Corps a été mis en déroute, laissant sur le terrain un hélicoptère Mi-24 russe ; Moscou en a nié la perte, avant que ses propres vidéos ne la confirment.
À Anéfis comme ailleurs, la Russie a perdu l’habitude de tenir ses promesses. Le 4 juillet dernier, une offensive conjointe du JNIM et du Front de libération de l’Azawad a frappé simultanément Anéfis, Aguelhok, Gao, Sévaré, Konna, Kaniéroba, Léré et Kouakourou ; au moins dix attaques en une seule journée, selon le décompte revendiqué par le JNIM lui-même. Un convoi de renfort des FAMa et de l’Africa Corps, parti de Gao pour secourir la position d’Anéfis, a été pris en embuscade entre Tarkint et Tabankort ; il a dû rebrousser chemin, laissant derrière lui deux camions détruits, des blindés BTR, des véhicules légers et un hélicoptère Mi-24 russe abattu.

Ce que les images satellitaires et les vidéos de la coalition djihadiste et séparatiste montrent sans ambiguïté, l’Africa Corps s’est empressé de le nier. Sur ses canaux de communication, la milice russe a soutenu que l’hélicoptère abattu appartenait en réalité aux FAMa, non à ses propres forces ; c’est un réflexe connu, celui du perdant qui refuse de compter ses morts, mais c’est surtout un aveu, car on ne dément avec autant d’empressement que ce qui blesse réellement.

Il y a mieux, ou plutôt il y a pire pour Moscou. Consciente d’avoir abandonné sur le terrain des véhicules devenus des cibles statiques, l’Africa Corps a envoyé des drones FPV les détruire elle-même, puis a diffusé les images de cette destruction comme s’il s’agissait d’une frappe victorieuse contre l’ennemi. Le blindé VP11 en offre l’illustration la plus nette : filmé une première fois par les assaillants qui le découvrent abandonné, il réapparaît ensuite dans une vidéo russe où l’Africa Corps prétend l’avoir détruit au combat, revendiquant au passage un assaut repoussé qui n’a jamais eu lieu. Détruire son propre matériel et le présenter comme une victoire, voilà à quoi ressemble, au Mali, la communication de guerre du partenaire russe en 2026.
Le bilan humain de cette séquence n’est pas encore établi avec certitude ; mais le rapport de force, lui, ne souffre aucune ambiguïté. Le JNIM et le FLA, alliés de circonstance que tout devrait pourtant opposer sur le plan idéologique, ont démontré une capacité de frappe conjointe submergeant celle de leurs adversaires russes. Leur avancée dessine un schéma cohérent, visant à sécuriser l’ensemble du territoire situé à l’est de la ligne verte, du centre au Nord, préalable logique à une offensive de plus grande ampleur sur Gao pris en étau. Les FAMa et l’Africa Corps se trouvent désormais devant un constat que ni la propagande ni le déni ne peuvent effacer : leurs adversaires sont en mesure de leur tenir tête, et de les affaiblir considérablement.
Cette défaite d’Anéfis n’est pas un accident isolé dans le grand récit que la Russie tente d’imposer au Sahel depuis 2022. Elle s’inscrit dans une constante que Moscou peine chaque jour davantage à dissimuler à ses partenaires : celle d’une puissance qui promet beaucoup et qui, au moment de payer le prix du soutien, se dérobe systématiquement.
Il suffit de regarder au-delà du Sahel pour mesurer l’ampleur du phénomène. En Syrie, Bachar al-Assad, allié historique de Moscou depuis des décennies, s’est effondré en quelques jours sans que la Russie ne lève le petit doigt pour le sauver ; les bases de Hmeimim et de Tartous, jadis présentées comme la preuve d’une puissance russe revenue au Levant, sont aujourd’hui négociées avec les nouvelles autorités syriennes dans la plus grande discrétion. Au Venezuela, lorsque les commandos américains ont capturé Nicolas Maduro en janvier 2026 au terme de l’opération Absolute Resolve, la Russie s’est bornée à des mots ; elle a exigé sa libération par communiqué, condamné une agression par la voix de son ministère des affaires étrangères, puis s’est tue. Vladimir Poutine lui-même n’a pas prononcé un mot public sur le sort de son allié. En Iran, lorsque les frappes israélo-américaines de février et mars 2026 ont visé le programme nucléaire et l’appareil militaire de Téhéran, Moscou a proposé sa médiation ; Donald Trump l’a renvoyée avec une ironie cinglante, lui suggérant de s’occuper d’abord de mettre fin à sa propre guerre en Ukraine. Au Conseil de sécurité de l’ONU, la Russie n’a même pas opposé son veto à la résolution condamnant les représailles iraniennes ; elle s’est contentée de s’abstenir.

Syrie, Venezuela, Iran, Mali : le motif se répète avec une régularité qui n’a plus rien d’accidentel. Dans chacun de ces dossiers, la Russie a cultivé le langage de l’alliance stratégique, de la solidarité anti-occidentale, du partenariat de long terme ; et dans chacun de ces dossiers, au moment où ses partenaires avaient besoin d’elle, elle a préféré la prudence rhétorique à l’engagement réel. Ce n’est pas une faiblesse conjoncturelle. C’est un mode opératoire.
Il faut dire ce qui explique, en creux, cette prudence chronique. La Russie de 2026 n’est plus celle qui pouvait se permettre, comme en Syrie en 2015, de projeter une aviation entière pour sauver un allié menacé. Enlisée depuis plus de quatre ans dans une guerre en Ukraine qui absorbe l’essentiel de ses ressources militaires, industrielles et humaines, elle ne dispose plus des marges nécessaires pour honorer simultanément ses engagements sur plusieurs théâtres. Les frappes ukrainiennes contre les raffineries russes en offrent une illustration domestique éclairante. Depuis avril, plus de quarante attaques ont visé des raffineries, dépôts et terminaux pétroliers sur le sol russe et en Crimée annexée ; le volume de brut transformé en carburant a chuté de 25% en juin par rapport à l’année précédente, tombant à son plus bas niveau depuis plus de vingt ans. Dans cinquante-six régions russes, des restrictions sur le carburant sont désormais en vigueur ; des automobilistes patientent jusqu’à dix-huit heures pour atteindre une pompe, quand elle n’est pas tout simplement à sec. Vladimir Poutine lui-même a dû reconnaître, du bout des lèvres, une certaine pénurie devant les caméras de la télévision d’État.
Or ce sont les mêmes files d’attente, les mêmes pénuries, la même colère sourde que connaissent depuis des mois les populations de Niamey et de Bamako, privées de carburant par la faillite énergétique de juntes qui avaient pourtant fait de la rupture avec la France et de l’alliance russe leur unique boussole. Le peuple russe patiente devant les stations-service de Moscou et de Saint-Pétersbourg ; le peuple malien et le peuple nigérien patientent devant celles de Bamako, Tombouctou, Agadez et de Niamey. Le mythe d’une grande puissance russe capable de garantir à ses obligés la sécurité, la prospérité et la souveraineté ne survit plus que dans l’imaginaire de Vladimir Poutine et dans le discours convenu de ses relais de l’AES ; il ne survit ni sur les routes de Tarkint, ni dans les files d’attente de Sibérie.
Les officiers qui, à Bamako, Ouagadougou et Niamey, ont fait de Moscou leur assurance-vie géopolitique devront un jour répondre de ce choix devant leurs peuples. Anéfis n’est qu’un nom de plus sur une liste qui s’allonge après Tinzaouaten, Kidal ; la question qui demeure ouverte est de savoir combien de défaites de ce genre il faudra encore pour que la fiction de la puissance russe cesse d’être crue par ceux qui en paient déjà le prix.

Hamid Amadou N’gadé

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