Le 18 juillet, un convoi mixte FAMa-Africa Corps a été pris dans une embuscade tendue par la coalition JNIM-FLA près de Tabrichat, dans le cercle de Bourem. Plus d’une cinquantaine de soldats maliens y ont laissé la vie ; l’Africa Corps, positionné en tête de colonne, n’a subi aucune perte et s’est replié sur Gao sans porter secours à l’arrière du convoi.
Le soleil de Tabrichat ne fait pas de politesse aux morts. Depuis samedi, plus d’une cinquantaine de corps de soldats maliens gisent encore dans le sable du cercle de Bourem, entre Tabrichat et Ersane, sur cette route qui relie Gao au nord et que tout le monde, au sein de l’armée malienne, savait dangereuse depuis des mois. Personne, à Bamako, n’est venu les chercher ; des dizaines de corps gisent encore sous ce soleil et sur ce sable de l’Azawad.


Le 18 juillet, un convoi mixte sur la route de Gao ; les combattants de l’Africa Corps en tête, les unités des FAMa à l’arrière. Selon plusieurs sources sur place et des comptes spécialisés dans le suivi du conflit malien, l’embuscade tendue par la coalition JNIM-FLA a frappé précisément là où se trouvaient les Maliens. Le bilan provisoire dépasse la cinquantaine de morts, auquel s’ajoute une trentaine de prisonniers ; l’Africa Corps, lui, n’aurait perdu ni un homme ni un véhicule, et se serait replié directement sur Gao sans porter secours au reste du convoi en difficulté.

L’état-major malien, dans son communiqué officiel, a préféré une autre version des faits : celle d’une embuscade « brisée » grâce à l’appui aérien, de positions ennemies détruites à Tabrichat, d’une vingtaine de terroristes neutralisés lors de la poursuite vers Ersane. On objectera que ce communiqué n’est pas mensonger dans sa lettre ; il est simplement silencieux sur l’essentiel, à savoir le sort du convoi terrestre et de ceux qui le composaient. Entre l’annonce d’une riposte aérienne réussie et le silence total sur une cinquantaine de cadavres exposés au soleil depuis plusieurs jours dans le cercle de Bourem, il y a toute la distance qui sépare la communication de guerre de la réalité du terrain.

Il faut ici s’arrêter sur ce que révèle, au-delà du bilan humain, la configuration même du convoi. Que l’Africa Corps se soit positionné en tête et les FAMa à l’arrière est loin d’être un détail tactique anodin ; c’est une hiérarchie du risque, où le partenaire russe s’assure la position la plus sûre et laisse à ses alliés maliens l’exposition la plus dangereuse. Une source relayée par un média affilié à Moscou évoque même des soldats maliens capturés puis exécutés alors qu’ils étaient déjà désarmés. Si ce détail se confirme, il faudra ajouter Tabrichat à la liste des lieux où la guerre au Sahel a cessé depuis longtemps d’obéir à la moindre règle ; mais ce qui ne nécessite aucune confirmation supplémentaire, c’est l’écart entre le récit d’une victoire aérienne et l’abandon d’un convoi terrestre à son sort.

Quel genre de partenaire abandonne ses alliés au feu ennemi tout en sortant indemne du champ de bataille ? Cette question n’a rien d’un procès d’intention ; elle se pose depuis Tinzaouaten, en juillet 2024, où le groupe Wagner avait déjà laissé des dizaines de ses hommes et de leurs partenaires maliens sur le terrain face à la même coalition FLA-JNIM, défaite si humiliante qu’elle avait précipité sa dissolution et son remplacement par l’Africa Corps. Elle se pose depuis Kidal, reprise par la force en 2023 puis retombée entre les mains du FLA en avril dernier sans que la présence russe n’ait modifié l’issue. Elle se pose depuis Anéfis, où, après la prise de la ville, un convoi de renfort mixte a été mis en déroute entre Tarkint et Tabankort, laissant sur le terrain un hélicoptère Mi-24 que l’Africa Corps a d’abord nié avoir perdu, avant que ses propres vidéos ne le contredisent.
Tinzaouaten, Kidal, Anéfis, Tabrichat : quatre noms qui racontent un mode opératoire constant. À chaque fois, les partenaires russes étaient présents sur le théâtre des opérations ; à chaque fois, ce sont les Maliens qui ont payé le prix du sang le plus lourd ; et à chaque fois, la communication de l’Africa Corps a suivi le même protocole, minimiser puis transformer le revers en récit de victoire à destination de l’opinion russe et des relais de l’AES.
Un partenariat militaire efficace se juge à l’instant précis où les choses tournent mal. À Tabrichat, à cet instant précis, l’Africa Corps a préféré continuer sa route vers Gao et abandonner les soldats maliens à une mort certaine. Bamako continue, de son côté, de célébrer une démonstration de force et de réactivité dans le nord du pays. Entre ces deux réalités, il y a un désert, une cinquantaine de corps, et une question que la junte malienne devra un jour cesser d’esquiver : combien de Tinzaouaten, de Kidal, d’Anéfis et de Tabrichat faudra-t-il encore avant que Bamako comprenne que ce partenaire-là ne reste jamais pour se battre ?
Hamid Amadou N’gadé
Sources : communiqué de l’État-Major Général des Armées du Mali (18 juillet 2026) ; sources sur place et comptes spécialisés du suivi du conflit malien ; médias affiliés à Moscou pour les éléments relatifs aux prisonniers.

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