« Qui pense que les hallebardes, les gardes et l’assiette du guet gardent les tyrans, à mon jugement se trompe fort. » Les gardes protègent moins le tyran qu’elles ne révèlent sa peur, nous explique La Boétie dans le Discours de la servitude volontaire. Dans le contexte nigérien, cela cadre avec la paranoïa sécuritaire, la garde prétorienne, la peur de l’armée et la multiplication des protections autour du pouvoir agonisant de Tiani.

La garde présidentielle a essuyé quatre assauts infructueux dans la nuit du 28 au 29 août face au BSR-COS retranché à la base aérienne 101. La garde présidentielle, si chère à Tiani, n’a pas réussi à reprendre la base par ses propres moyens. Le tournant est venu au petit matin, lorsque la Force expéditionnaire du Niger, la FEN, qui avait pourtant préparé l’opération avec les éléments du BSR-COS, a retourné ses armes contre eux. Les drones kamikazes russes acheminés du Mali par Africa Corps n’ont fait qu’achever une résistance déjà fragilisée par ce basculement. Depuis, entre 500 et 700 militaires nigériens sont détenus au secret à Koira Tagui.

Le général Abdourahamane Tiani, entouré du colonel Habibou, chef de corps de la garde présidentielle, et du colonel Maidaji, son aide de camp
Le général Abdourahamane Tiani, entouré du colonel Habibou, chef de corps de la garde présidentielle, et du colonel Maidaji, son aide de camp.

La garde présidentielle neutralisée

C’est par là qu’il faut commencer, car c’est ce que le narratif officiel cherche précisément à effacer. Face aux mutins retranchés dans la base aérienne 101, l’unité que Tiani a commandée pendant douze ans, celle qui est la mieux équipée et privilégiée, a lancé plusieurs assauts successifs sans parvenir à reprendre le contrôle de l’emprise.

La garde présidentielle n’a pas été arrêtée par une armée étrangère, non plus par une force supérieure venue d’ailleurs. Elle a été tenue en échec par des soldats nigériens issus du BSR-COS, des forces spéciales qu’elle avait pourtant pour mission de réduire rapidement. Au terme de la nuit, elle avait perdu du matériel, dont un canon de 106 millimètres, ainsi que plusieurs véhicules blindés, sans avoir atteint son objectif principal. Pour briser la résistance de la base, la garde présidentielle a eu recours à des lance-roquettes multiples de 122 millimètres. Il est important de souligner qu’un LRM de type BM-21 Grad libère en quelques secondes une salve de quarante roquettes dont la dispersion s’étend sur plusieurs centaines de mètres. Cette arme, selon les spécialistes, est conçue pour saturer une zone et non pour cibler un objectif précis, ce qui amène les armées régulières à proscrire son usage en milieu urbain. Or, la base 101 est adjacente à l’aéroport Diori-Hamani et aux zones résidentielles environnantes. Utiliser des lance-roquettes multiples au sein de la capitale constitue un acte d’une gravité injustifiable, dont ne pouvait ignorer aucun officier de la garde présidentielle.

Tiani, qui s’est doté d’un système antiaérien russe pour assurer sa propre protection, a donc autorisé sa garde à faire usage de roquettes au-dessus de la population, face à la résistance de ses propres troupes. Cela témoigne du mépris que ce régime nourrit à l’égard des citoyens au nom desquels il prétend gouverner.

Ce premier fait est essentiel : avant les Russes, avant les drones kamikazes, avant la propagande de victoire, il y a eu une défaite de terrain. La garde prétorienne du régime a été mise en échec dans sa propre capitale, sur son propre terrain.

Le retournement décisif est venu ailleurs

En réalité, le salut de Tiani, qui a d’ailleurs quitté le palais cette nuit-là, tient à un autre facteur. Entre six et sept heures du matin, les effectifs de la Force expéditionnaire du Niger (FEN), une unité des forces spéciales provenant de Ouallam, ont retourné leurs armes contre leurs amis du BSR-COS en dépit d’une planification initiale commune. Ce revirement a privé ces derniers de leur principal soutien à un moment critique, amorçant leur défaite, parachevée dans la journée par l’intervention de drones kamikazes acheminés du Mali par Africa Corps, sur fond de pénurie de munitions.

Cette unité mérite que l’on s’y arrête un peu. La FEN, Force expéditionnaire du Niger, appellation déjà singulière dans le contexte nigérien, est l’une des unités les mieux formées des forces spéciales. Avant 2023, elle avait été formée, équipée, administrée, entretenue, rémunérée et encadrée par les Américains dans le cadre des opérations antiterroristes. Basée notamment à Aguelal. Ses hommes savaient opérer de nuit, y compris par voie aérienne. Ce sont eux qui, sous encadrement américain, ont mené plusieurs opérations en profondeur contre des chefs terroristes, notamment des coups de poing destinés à capturer ou neutraliser des responsables jihadistes. Autrement dit, il s’agit d’un outil militaire rare, entraîné pour des opérations sensibles, discrètes et techniquement exigeantes qui a malheureusement choisi d’être du mauvais côté de l’histoire cette nuit-là, on ne sait pour quelles raisons.

C’est cette unité-là qui, au matin du 29 août, a changé le cours des combats.

Le retournement de la FEN a désorganisé les mutins et affaibli leur dispositif. Les drones kamikazes russes, acheminés du Mali par Africa Corps, sont intervenus ensuite pour briser définitivement leur résistance, en ciblant les véhicules armés et les positions lourdes qui protégeaient la base.

La partition réelle apparaît donc plus clairement : d’abord l’échec de la garde présidentielle ; ensuite le basculement de la FEN contre ses alliés initiaux du BSR-COS ; enfin l’intervention russe, qui a achevé une bataille que la garde de Tiani n’avait pas réussi à gagner seule.

Depuis lors, cinq à sept cents militaires nigériens maintenus au secret

Au nombre de cinq cents à sept cents, ces militaires du rang et sous-officiers sont incarcérés depuis le 29 août 2026 à l’école de la gendarmerie de Koira Tagui, à Niamey. Emmenés là au lendemain des combats de la base aérienne 101, ils n’en sont plus sortis. Depuis près d’un mois, ils n’ont reçu aucune visite et n’ont comparu devant aucune juridiction. Ces hommes ne sont entendus ni par la justice militaire ni par la gendarmerie, mais par la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure, rebaptisée depuis quelques semaines, par décret et de manière extrêmement confidentielle, Conseil de Sécurité de l’État.

Le vendredi 18 septembre, à l’heure de la prière de Jummah, plusieurs d’entre eux ont tenté de s’évader. Cette tentative a été réprimée par des tirs nourris, causant au moins un mort ; l’ordre avait été donné d’abattre quiconque tenterait de quitter l’enceinte, et il a été exécuté. Aux trente-six soldats tués par les forces russes recensés le 29 août s’ajoutent donc désormais ceux de Koira Tagui.

Ces détenus ne se limitent pas aux seuls participants des combats de la base 101, au nombre d’environ trois cents. Selon une source distincte, la quasi-totalité des effectifs du 2e BSR-COS a été interpellée, y compris des éléments qui se trouvaient hors de Niamey dans la nuit du 28 au 29 août, notamment à Téra, et qui n’ont par conséquent pris part à aucun affrontement. Les autorités ont également procédé à des arrestations systématiques, maison par maison et quartier par quartier, de soldats totalement étrangers aux événements. Ainsi, les combattants de cette nuit-là, ceux stationnés hors de la capitale et ceux totalement extérieurs à l’affaire subissent le même régime de détention inhumain à Koira Tagui.

Cette détention au secret traduit surtout la peur profonde et la paranoïa d’un pouvoir qui ne sait plus à quel saint se vouer. En enfermant indistinctement des centaines d’hommes, y compris ceux qui n’ont pas pris part aux combats, Tiani cherche à prévenir l’inconnu, à neutraliser par avance tout ce que son propre imaginaire lui présente désormais comme un danger. C’est le réflexe classique des pouvoirs assiégés de l’intérieur : plus ils doutent de leur légitimité, plus ils élargissent le cercle des ennemis. Koira Tagui devient ainsi moins un lieu de détention que l’expression de la peur qui gouverne désormais Niamey.

En définitive, la nuit du 28 au 29 août a mis à nu un pouvoir qui ne tient plus que grâce aux forces russes ; un pouvoir qui ne commande plus l’armée, qui enferme ses soldats, les expose ou les fait tuer par des forces étrangères. La défaite cuisante de la garde présidentielle, le retournement de la FEN, l’intervention russe et les centaines de militaires détenus à Koira Tagui racontent une seule et même histoire : celle d’un régime qui, à force de vouloir domestiquer l’armée, a fini par la fracturer. Et dans cette fracture se trouve désormais la vérité la plus dangereuse pour Tiani : gouverner contre sa propre armée et contre la mémoire de ses morts ne dure jamais longtemps.

Hamid Amadou N’gadé


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