En 2024, le Niger a enregistré 930 morts liés au terrorisme, contre 479 l’année précédente. Le pays entre pour la première fois dans le top 5 du Global Terrorism Index. Ce n’est pas une fatalité statistique. C’est la traduction chiffrée d’un choix politique.

En 2024, le Niger a enregistré 930 morts liés au terrorisme, contre 479 l’année précédente. Les attaques terroristes sont passées de 62 à 101 sur la même période. Le pays fait son entrée pour la première fois dans le top 5 du Global Terrorism Index 2025, à la cinquième place mondiale, son pire classement depuis la création de l’indice. Ces chiffres ne sont pas des abstractions statistiques ; ils sont la traduction directe d’un choix politique opéré à Niamey depuis le coup d’État de juillet 2023.
Le rapport de l’Institute for Economics & Peace est sans ambiguïté sur la causalité. Le basculement du Niger vers un partenariat avec la Russie, conjugué au retrait des forces occidentales, a contribué à la détérioration sécuritaire brutale observée en 2024. Les instructeurs militaires russes arrivés en avril 2024 en remplacement des forces occidentales se sont heurtés à leur méconnaissance du terrain sahélien et à une priorité donnée à la protection du régime plutôt qu’à la lutte antiterroriste. Le départ des soldats américains en août 2024, avec la fermeture de la base stratégique d’Agadez, a aggravé le vide opérationnel. Ce vide, le JNIM et l’État islamique l’ont immédiatement exploité.
La géographie de la violence confirme l’étendue de la pénétration jihadiste. Les attaques ont touché les huit régions du Niger en 2024, une première. La région de Tillabéri, dans la zone des trois frontières avec le Mali et le Burkina Faso, concentre 63% des attaques et 67% des morts. Mais c’est l’extension vers Tahoua et Dosso qui inquiète le plus les observateurs : les morts y ont été multipliés par cinq en un an, signe que le front s’élargit vers des zones jusqu’alors épargnées. Le Niger détient désormais le bilan militaire le plus lourd de tous les pays touchés par le terrorisme en 2024 : 499 soldats tués, soit plus de la moitié de l’ensemble des victimes recensées dans le pays.

Sur les dix pays les plus touchés par le terrorisme dans le monde en 2024, cinq appartiennent au Sahel. Le palmarès complet place en tête Burkina Faso [1er], suivi du Pakistan [2e], de la Syrie [3e], du Mali [4e] et du Niger [5e]. Trois membres de l’AES occupent donc trois des cinq premières places d’un palmarès que personne ne cherche à dominer. En 2011, aucun des trois ne figurait dans le top trente. En moins de quinze ans, la conjonction des fragilités structurelles, de l’expansion jihadiste et des ruptures sécuritaires issues des coups d’État successifs les a propulsés au sommet.
Ce que le Global Terrorism Index 2025 documente au fond, c’est l’échec d’une stratégie qui a substitué le changement de partenaires à la résolution des causes profondes du conflit. Les nouvelles alliances n’ont pas comblé le vide sécuritaire ; elles l’ont, dans plusieurs cas documentés, élargi. Pendant que Niamey construisait un nouveau récit de souveraineté, les huit régions du pays apprenaient à compter leurs morts.

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